Recherches sur la BD 1986) 9 mars - BD / Crise

Milieu 80, c'est le début d'une grande crise de la BD qui permettre l'émergence de nouveaux éditeurs comme Delcourt et Soleil, alors que des maisons comme Dupuis et Dargaud sont vendues.
Pierre Pascal fait un papier sur le sujet le 9 mars 1986 dans Sud Ouest Dimanche.
J'ai retapé le texte pour le confort de votre lecture 😄

 




 

 "Y a-t-il une crise de la BD ?
SI LA BANDE DESSINEE est en crise, il s'agit d'une crise due à sa trop rapide croissance.
Le monde de la B.D. dû digérer en moins de quinze années deux phénomènes importants : le passage de la presse à l'album et celui du monde de l'enfance au monde de l'adulte - pas forcément plus exigeant , mais aux motivations différentes.
Ces deux mutations se sont effectuées dans une certaine euphorie, la sensibilisation du public visé, sa curiosité, et sa relative aisance financière l'ont incité à acheter à peu près tout ce qui était publié. Un bibliophile d'un nouveau genre naquit. Il rangeait dans une bibliothèque créée tout exprès de beaux objets, tout en continuant à acheter chaque mois dans les kiosques de solides tranches de ses futurs albums.
Il y eut durant quelques années une période d e merveilleuse folie entretenue par la mode , les médias et les salons et festivals. Ceux-ci favorisaient un aspect bien particulier de la B.D. : la dédicace dessinée.
Certain s éditeurs ont certainement abusé de l'extraordinaire disponibilité de leur clientèle, encourageant et justifiant tout et n'importe quoi , y compris des bandes aux scénarios fades , répétitifs ou même inexistants. Le succès fabuleux de quelques titres, le bon niveau général cachaient momentanément la médiocrité coûteuse . Ces éditeurs ont aussi négligé de donner aux revues une véritable personnalité, les considérant au mieux comme un mal nécessaire, permettant de mieux payer les auteurs et surtout d'amortir une première fois leur travail.
Cette période euphorique ne pouvait s'éterniser : les libraires, ensevelis sous une avalanche d'albums , et ne pouvant les défendre tous , ont incité à la modération .
Les lecteurs dont le budget B.D. a été amoindri par la crise se sont interrogés sur l'intérêt réel de certaines bandes et la nécessité d'acheter le même produit sous deux formes différentes.
Durant ce temps, le jeune public sollicité par la vidéo, l'informatique et les jeux électroniques négligeait la B.D. au risque de n e pa s assurer l'indispensable relève.
Voici quels sont les principaux problèmes de la bande dessinée.
Il n' y a pas de crise de la B.D. , mais la nécessité pour certains professionnels de remettre les pieds sur terre , d'opérer une sélection dans la production, et de ne plus considérer les revues comme de simples supports de prépublication.
La bande dessinée a beaucoup d'atouts. Les enseignants qui l'ont si longtemps contestée ont enfin compris ses possibilités pédagogiques; ils sont conscients que, contrairement aux dessins animés subis passivement, la bonne B.D. demande un effort de décryptage, que la T V c'est le spectacle, mais que la B.D. c'est encore le livre. Bien des jeunes créateurs, enfin, se tournent vers la B.D. : les concours en tous genres et les nombreux fanzines apportent la preuve que la relève est assurée au niveau des dessinateurs. Il reste le problème des scénarios. Il est indispensable que des raconteurs d'histoires se tournent vers la B.D., apportent des idées neuves pour intéresser les amateurs, et les nombreux lecteurs potentiels qui ne demandent qu'à découvrir la bande dessinée.


Pierre Pascal."

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